L’Unesco et la
mondialisation de l’éducation
Dans
le foisonnement des textes aujourd’hui publiés sur l’éducation, la part
de l’Unesco peut paraître modeste. C’est en soi un paradoxe. L’Unesco
est en effet, comme le rappellent d’une façon ou d’une autre tous les
articles de ce dossier, la seule institution internationale dont la
compétence première est l’éducation. Ce qui devrait tout naturellement
conduire les pays membres à lui donner tous les moyens, matériels et
humains, nécessaires pour susciter partout la réflexion sur l’éducation,
concevoir les programmes
susceptibles d’atteindre les grands objectifs de scolarisation
régulièrement rappelés dans les textes et aider concrètement les pays les
plus en difficulté à les atteindre.
En réalité, et c’est
une question que nous avons abordée à plusieurs reprises dans notre revue, l’Unesco
a le plus grand mal aujourd’hui à tenir le rôle qui a été historiquement
le sien. Les grandes institutions financières internationales ont développé
leurs propres programmes, elles mènent leurs propres études, elles pèsent d’un
poids de plus en plus grand dans le débat éducatif, à la mesure des
ressources qu’elles sont les seules à pouvoir mobiliser. Pour elles,
depuis le grand tournant néo-libéral des années 1980, l’éducation
n’est jamais qu’un moyen pour les économies de se développer et d'être
compétitives. Le souci des ressources humaines, que l’on voudrait certes
bien formées mais surtout flexibles et adaptables, a tendance à passer avant
la justice sociale et le respect du droit à l’éducation comme droit
fondamental de tout être humain.
C’est dire que les grands
programmes que l’Unesco a en charge, au premier rang desquels se trouve l’éducation
pour tous, sont aussi le lieu de tensions et de luttes d’influence entre des
conceptions différentes de l’éducation. Soutenir l’action de l’Unesco
et le rôle prépondérant qui devrait être le sien est donc aussi une façon
d’intervenir sur ce terrain et de lutter, là comme ailleurs, contre l’emprise
grandissante des intérêts particuliers.
Nouveaux regards