Accueil du chantier  > Production  > Comptes-rendus de réunion

L’école et ses critiques

10 novembre 2010

Présents : Michel DECHAMPS, Jean Pierre GAREL, Gabriel LANGOUET, Yves BAUNAY, Philippe MAZEREAU, Gérard BLANCHETEAU Danielle CZAL

4 points à l’ordre du jour :
l ’état des recherches des trois sous chantiers
la mise en place du travail sur Lexico
la préparation du Conseil scientifique
publication d’un article dans le prochain nouveaux regards.

1-L’état de nos recherches

La mise en commun de l’état de nos recherches à ce jour a mis en évidence les convergences transversales qui sont l’objet de notre recherche. Pour la première fois, le questionnement en cinq points émergeant de l’analyse des titres de presse de l’année 2009 ( le postulat de crise, les évidences explicatives, le casting sélectif, le déclin ou la mutation de l’institution scolaire et les conflictualités nouvelles) s’est avéré adapté.

a-Le sous chantier : le débat intellectuel et les ouvrages publiés dans la décennie 2000-2009. A 1 - Le corpus des Revues intellectuelles, Esprit et le Débat, s’avère plus restreint que prévu. Reste à venir l’exploration de la revue Française de pédagogie, notamment les fiches de lecture qui pourraient permettre de fonder partiellement le corpus restreint d’ouvrages, dont nous ferons une analyse plus soutenue. Le corpus des revues « intellectuelles » est composé d’éditos, d’articles, de compte-rendu d’ouvrages. Une des caractéristiques de notre décennie, c’est « l’enterrement de la polémique « républicains/pédagogues » qui a marqué les années 1980-2000, au profit d’une nouvelle polémique autour du désinvestissement de l’état en matière de financement de l’École et d’un surinvestissement de la gouvernance politique pour réaliser cet objectif. Du coup, pour l’appréhender, nous avons besoin d’un retour sur cette période antérieure. Cela nous obligera certainement à une focale sur la manière dont la presse généraliste a rendu compte de cette polémique (quantifier les tribunes de débats qui lui sont consacrées) et quels en sont les acteurs (intellectuels généralistes ? chercheurs ?). Du coup il sera intéressant de regarder comment cela s’est traduit du côté des ouvrages publiés. Ce sera sous Allègre, et à la suite du colloque de 2003 sur la culture scolaire, que s’éteindra provisoirement cette grande polémique. Un consensus semble apparaître de Gauchet à l’Extrême gauche pour dire à la droite : arrêter de détruire ! Du coup de nouveaux thèmes apparaissent plus fortement, comme la question de l’excellence, de l’individualisation, de la mise au pas néolibérale de l’école et l’ouverture au marché. Il faudrait regarder, dans le sous chantier « acteurs » comme dans celui du débat intellectuel, si comme cela se remarque dans la presse, la présence policière dans l’école se banalise (programmes décrocheurs, sécurité/violence, sécurité routière….). La revue Esprit ne fera paraître qu’un n° spécial consacré à l’Université, dont l’enjeu est bien le financement de l’université dans la perspective de pôles d’excellence à l’américaine, avec une prise de conscience des « élites » du retard de l’Université française. Droite et gauche semblent tiraillées entre deux pôles : pour les uns d’une vieille droite réactionnaire et la fascination du pragmatisme américain, pour les autres, la rupture avec les transformations de 1989 dans le sens d’une « bonne gouvernance » et une fascination du passé, le bon temps où fonctionnaient l’école républicaine et son ascenseur social. Dans la décennie que nous étudions, il serait intéressant de regarder quand et comment la place des « experts chercheurs » a reculé dans la mise en place des réformes, qui sont de moins en moins construites par un rapport d’expert. Peut-être faudrait-il prévoir des entretiens avec quelques chercheurs significatifs, pour savoir s’ils ont eu le sentiment d’avoir été floué par les politiques (Meirieu sur les lycées, Dubet sur le collège, Rochex sur les ZEP, Debarbieux sur la violence…). Des interviews d’anciens ministres de l’Education pourrait être utile pour mieux comprendre la distance entre les intentions et les actes. Une focale est possible sur le retournement de certains intellectuels en 95 sur le thème : il faut arrêter de bloquer les réformes, et l’évolution de leur trajectoire, notamment sur le terrain de l’école (Julliard, Rosenvalon, Reynaud...). La revue « Débats » donne la parole, dans cette première décennie du 21ème siècle aux acteurs de terrains sur ce qui se passe dans les classes. C’est la légitimité de la culture scolaire qui est auscultée, ce qui doit faire l’objet de la transmission d’une culture humaniste à préserver. Il est intéressant de regarder les « querelles professionnelles » autour de disciplines sensibles : histoire, philo, sciences économiques et sociales, mais aussi d’interroger en quoi elles percutent l’essence même du métier d’enseignant (tout comme les grandes querelles qui ont traversé l’institution républicains/pédagogues, concepteur/transmetteur), l’intersection entre l’individuel, le collectif, le professionnel. Du coup, cela nous oblige à ne pas en rester à ce que l’on peut repérer dans les titres des articles, mais de procéder à des analyses de contenu.

A 2- trois dimensions pour le travail sur le corpus « ouvrages. » Le corpus des 3000 titres de la décennie 2000-2009 est établi, par année.

1-Le classement. Le travail effectué sur l’année 2009 se poursuit sur les 9 autres années pour avoir un corpus catégorisé entre : * ouvrages scientifiques issus de la recherche (160 : en 2009 ) : socio, psycho, sciences de l’éducation, économie, histoire, philosophie, * ceux qualifiés d’essais (161 en 2009) dont le classement peut poser problème,selon que l’on se réfère : - à la qualité professionnelle des auteurs – politologues, journalistes, pédagogues, enseignants et autres acteurs – - ou au contenus des ouvrages- finalité et politiques éducatives, philosophie de l’éducation, spécificités du système éducatif (maternelle, handicap…), pédagogie, les parents à l’école, les métiers de l’éducation, les jeunes. * et les témoignages ou récits personnels (11 en 2009). Les titres ne rendent pas forcément compte de la nature du témoignage. Il faudra analyser si ces témoignages sont porteurs d’espoir ou de désespoir ( cf l’ouvrage Librio, moitié moitié)

Il faudra observer si la distribution est identique chaque année du corpus. Pour aider à l’identification des divers classements l’équipe devra contribuer occasionnellement à identifier la nature des ouvrages, en mettant en commun les connaissances des uns et des autres.

Une fois ce travail fait, viendra le temps de l’échantillon représentatif de 300 ouvrages qui devra selon le profil du corpus, s’appuyer ou sur l’année 2009 si elle est représentative de l’ensemble ou sur une combinaison année et disciplines ou thématiques. Cela fera l’objet d’une discussion collective de l’équipe (maximum d’auteur, singularité du type SNYDERS…)

2-Les thématiques dominantes Elles émergent de l’étude du corpus 2009, en sélectionnant le nombre d’ouvrages traitant de la question : * les inégalités scolaires, ségrégation, enjeux de démocratisation :24 ouvrages * et gouvernance et décentralisation : 6 ouvrages * les politiques scolaires et les réformes : 19 ouvrages *violence, souffrance, conflits, discipline : 13 ouvrages * faits religieux, laïcité : 10 ouvrages *les questions d’évaluation : 10 ouvrages * les questions de genre : 10 ouvrages * le numérique à l’école : 8 ouvrages et deux questions particulières : le handicap 17 ouvrages et la maternelle 12 ouvrages. La discussion fait apparaître de regarder de plus près : les questions du métier et celles sur la culture scolaire (cf la revue Débats). Il faudra donc analyser si cette distribution se répète d’années en années ou si des singularités émergent, tout en sachant que l’édition n’est pas aussi réactive que la presse pour rendre compte de préoccupations.

Il peut s’avérer intéressant de procéder à des entretiens avec des chercheurs représentatifs de leur discipline, afin de mieux cerner les préoccupations majeures de la première décennie de ce 21ème siècle, en terme de continuité comme d’émergence de nouvelles interrogations, rhétoriques, problématiques : socio Agnès Van Zanten et ou Lahire, Histoire Prost, Sciences de l’Éducation Charlot, Escol : Rochex… Philo Gauchet, pédagogie : Meirieu. 3-La modélisation autour des cinq questionnements. Elle fonctionne bien pour les trois premières :
les postulats de crise et ses symptômes émergent bien : inégalités sociales, culturelles, sexuées ; crise de valeurs (justice, démocratie, laïcité) ; psychologie élèves et maîtres (souffrance, difficultés métier élèves comme enseignants, théories de l’apprentissage…) ; pratiques du métier, formation, recherche ; changements institutionnels et technologiques (gouvernance, formation continue, universitarisation, maternelle, handicap…)
les évidences explicatives sont cernables : les effets de la modernité (famille, culture, technologie…) ; la sélection sociale ; les discriminations sexuées ; les pressions des politiques de l’emploi sur la formation et les diplômes, l’individualisation des parcours, des choix scolaires (excellence opposée aux décrocheurs).
le casting sélectif met bien en présence divers acteurs : les chercheurs, les enseignants, les parents, les jeunes mais aussi quelques décideurs. Par contre, les deux derniers questionnements sont plus difficile à traiter :
le devenir de l’institution scolaire se joue –t-il autour du couple déclin/mutation ? il faudra y regarder de plus près. * les conflictualités nouvelles apparaissent marginales dans le corpus : mais est-ce l’effet du temps entre l’évènement et la publication ?


b-Le sous chantier « Acteurs » Le travail se poursuit dans le cadre de la sélection de 33 acteurs représentatifs du syndicalisme, des parents et des jeunes, des associations qui se préoccupent directement ou indirectement de la question scolaire. Après un premier travail sur la FCPE et le PS où un certain nombre de questions méthodologiques ont été construites, le travail s’est poursuivi autour des associations de trois types :
pédagogiques (CRAP et GFEN),
institutionnelles (ARF et AMF)
et plus généralistes même si chacune intervient sur un domaine spécifique (LDH, les questions de droit et liberté, Secours Populaire sur la misère, Ligue de l’enseignement complémentaire de l’école).

La première difficulté rencontrée réside dans l’irrégularité des publications (journaux), de la place qu’y tiennent certains évènements qu’elles suscitent ou qui les font réagir, et de la place des actions qu’elles conduisent et parfois en lien avec d’autres ce qui « unifient » certaines de leurs préoccupations ou engagements (l’appel de Rennes ou de Bobigny à l’initiative de villes éducatrices). L’objectif est d’aboutir à un classement des thèmes dominants :
La LDH intervient sur les questions des libertés publiques qui touchent à l’école directement (loi Carle, fichiers, discriminations…) ;
L’ARF et l’AMF se situent principalement sur le terrain du transfert de responsabilité, de la gouvernance de l’école, de l’autonomie des établissements, de la fiscalité, des rythmes scolaires, formations professionnelles

le Secours Populaire qui se situe sur le terrain de réponses concrètes à la misère sociale et culturelle prend des initiatives sur le terrain de l’encadrement de la jeunesse (sorties) et de l’accompagnement éducatif. Dans sa réflexion, il fait appel à des chercheurs pour traiter plus explicitement des inégalités scolaires Trouver un classement valable pour toutes les associations s’avèrent complexe, tant les champs d’activités sont larges, ils sont peu porteurs de discours sur la réforme, sauf quand les associations se regroupent avec d’autres comme l’appel de Rennes ou de Bobigny.

les CRAP ont publié 9 n° en 2009 : chacun contient un dossier à caractère pédagogique, un billet (7 n° sur 9) qui fonctionne comme un révélateur de l’actualité éducative. Ils font appel à la recherche et aux travaux des chercheurs. Mais publient-ils ? Les thèmes des billets ont porté sur la formation des maîtres, l’autorité des enseignants, le bac pro, les réformes, les conditions de travail, le redoublement, l’orthographe, , les langues vivantes, l’accompagnement éducatif, les jardins d’éveil, le marché scolaire… L’analyse de contenu apporte une lecture plus nuancée : un discours para syndical et revendicatif qui mêle des postulats de crise (réforme des lycée, dérégulation, inégalités, suppression de 2h dans le primaire), un discours sur les réformes et leur alternative, un appel à la conflictualité en résistant, mais aussi l’inscription dans une certaine marge d’autonomie des enseignants entre le prescrit et le réel. Les CRAP s’inscrivent dans la logique d’outils à fournir aux enseignants pour les aider à faire leur « sauce » Il nous faut éclaircir :
la polysémie de certains termes, qui dans différents contextes, ne renvoient pas à la même chose : réforme, crise…
les liens des CRAP à la recherche et aux chercheurs, à une certaine forme d’expertise et de compétences ; qui produit les discours ? des individus, du collectif ?
les billets citent-ils d’autres acteurs que les enseignants ?

Le GFEN produit 4 n° par an. En 2009, ces n° sont centrés sur certaines questions : 2 ont trait à la culture, 1 à la maternelle et le 4ème à la Géographie. On y retrouve les symptômes de la crise notamment autour de l’idée qu’un déni de culture ne permet plus à l’école de réaliser ses objectifs démocratiques. Le discours de la réforme est explicite du point de vue de l’analyse de la politique éducative, comme ded la nécessité de construire des outils pour faire son métier. Les valeurs porteuses sont soulignées : liberté, égalité, démocratie, l’appropriation du patrimoine culturelle. Le GFEN se situe du côté des prescripteurs professionnels : s’inscrivent –ils dans une dynamique normative, au sens où ils cherchent à oppose une contre norme à la norme scolaire dominante ?


c-Le sous chantier presse, le plus avancé des 3 sous chantiers, continue l’analyse du corpus des 4000 articles puisés dans 9 quotidiens de la presse nationale en 2009. Il continue à être frappant de voir combien la presse continue à faire de l’école un terrain d’affrontements binaires. S’il est légitime de considérer sur l’école, comme sur la santé, que le débat public intéresse, dans les orientations politiques, toutes les sphères de la société, chiirurgien et enseignant ne sont pas traités de la même manière. Il apparaîtrait absurde d’intervenir dans une salle d’opération pour donner des conseils ou directives au chirurgien, il n’en est pas de même dans l’éducation où les enseignants ne sont pas considérés comme « maîtres » de leur classe.

Le mot réforme apparaît comme l’un des 5 substantifs dominants dans les titres des articles, indiquant une présentation « abstraite » de la dynamique de la réforme. Avec Sarkosy, elle devient une posture morale à valoriser en soi, et donc une affaire de courage pour la mener à son terme. Aujourd’hui, le mot réforme a une perception négative à 60%.


2-Lexico Chaque sous chantier doit envoyer rapidement les corpus à traiter à André Salem. (corpus de titres, corpus de textes), car cela ouvrira des pistes complémentaires aux analyses des corpus faites dans chaque sous chantier. Nous continuons à étudier les modalités de travail possibles avec une doctorante, sur Lexico.


3-Pas d’article pour le prochain n° de NR, c’est prématuré pour une analyse pertinente, mais envisageable pour mars 2011.


4-Report de la préparation du Conseil scientifique à la prochaine réunion de chantier le 8 décembre. Philippe devrait faire une synthèse des enseignements du corpus issu des revues « intellectuelles »

Danielle Czalczynski

Documents joints
Document (Word – 20.5 ko)

Envoyer à un ami  Version imprimable de cet article Version imprimable