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L’école et ses critiques

une autre école est possible

Titre : « une autre école est possible »
Sous-titre : « manifeste pour une éducation émancipatrice »
Auteur : Samuel Johsua
Editeur : SEUIL Collection La Discorde Date 2003 Genre : essai politique

2 CONTENUS

L’auteur dans un avant-propos fixe le cadre de sa démarche : refonder une pensée éducative de gauche. Cet objectif sera développé en trois parties : présentation de l’état de l’école « sous l’offensive éducative du capital globalisé » mise en évidence des particularités de l’école propositions pour la construction d’un manifeste pour une éducation émancipatrice

3 COMMENTAIRES

Ecrit en 2003 sur fond de mobilisation pour la défense des retraites, ce livre est une contribution essentielle aux débats sur l’école. Une autre école est possible selon l’auteur, professeur d’université en sciences de l’éducation. Il s’emploiera tout au long de ce livre à le démontrer et dans sa conclusion à le défendre en qualifiant sa démarche de manifeste pour une école émancipatrice. Le ton est donné. Pour l’auteur, l’école est un sujet éminemment politique et c’est sur ce registre qu’il faut placer le débat, dont les enjeux et les réponses apportées constituent le terreau d’un véritable projet de société. Quelle société voulons-nous ? Quelle place pour l’homme dans cette société ? Quels moyens pour y parvenir ? C’est en fait à ces questions qu’il répond à travers sa conception de l’école et du rôle qu’il entend lui faire jouer dans la société. Pour cela, il préfère parler d’éducation, plutôt que d’instruction car pour être émancipatrice, l’école ne peut être un simple transmetteur de savoirs. C’est l’homme dans sa globalité qu’il faut atteindre pour construire un autre monde auquel il aspire, pour lequel il lutte par ses engagements politiques, professionnels, et syndicaux. Selon lui, depuis plusieurs décennies, l’école est sous la pression de réformes et contre-réformes, d’attaques multiples qui font système, imposées par les gouvernements de droite et de gauche. C’est au nom de la modernité mais aussi d’une diabolisation systématique de l’école que ces réformes sont impulsées, dans un contexte de progression d’un libéralisme de plus en plus débridé. Le tord de ces réformes est de négliger la relation entre question scolaire et question sociale nous dit l’auteur. Cela le conduit à parler « d’école de classe propice pour la lutte des classes ». L’état des lieux de cette école est sans concession. Une première moitié du livre est consacrée à la déclinaison de « l’offensive éducative du capital sur l’école ». Son impact est visible dans de nombreux domaines : accroissement des inégalités, réduction des moyens financiers, renoncement à l’école pour tous, privatisation de l’éducation, mise en concurrence des établissements, autonomie du local, hybridation des centres de décision, mise en cause des qualifications liées au diplômes, pilotage par l’évaluation, triomphe de l’immédiateté. Cette offensive trouve aussi ses explications dans les débats qui ont secoué la pensée socialiste depuis plus d’un siècle De Jules Ferry à Lionel Jospin, cette pensée n’a pas su refléter l’idéal progressiste et humaniste censé l’animer notamment sur la question de l’école dont la fonction sociale est totalement ignorée. Dans l’autre moitié du livre, l’auteur développe ses propositions pour une éducation émancipatrice. Selon lui, si les résistances face aux évolutions sont réelles, il faut aller au-delà, « ouvrir les espaces du possible » et débattre sur ce que doit être une éducation populaire dans une société fortement influencée par le marché. Pour être complète, cette réflexion qui devra prendre appui sur les sciences sociales s’articulera autour des quatre fonctions sociales qu’il attribue à l’éducation : transmettre les connaissances, socialiser les jeunes générations, transmettre un système de valeurs, former la force du travail. Elle devra aussi rechercher les moyens pour permettre à chacun de définir individuellement et collectivement ses relations au monde et avec les autres. Sur ce point, des questions comme la culture commune, le respect de la laïcité, les finalités de la formation professionnelle, la formation des enseignants, la sectorisation scolaire constitueront le cadre d’un débat qui devra apporter des réponses concrètes pour diminuer les écarts entre groupes sociaux, recentrer l’école sur ses tâches .Enfin toutes ces questions reposeront sur la satisfaction de plusieurs préalables : la disparition de l’enseignement privé, la défense et la valorisation des personnels de l’enseignement, l’accroissement des moyens alloués au service public d’éducation.. En guise de conclusion, l’auteur revient sur toutes ces idées, en les synthétisant dans « une plate-forme d’urgence devant permettre la refondation d’un projet de gauche pour l’éducation, dans une perspective émancipatrice. »

Au-delà de son style militant, quelquefois incantatoire, l’intérêt de ce livre est de placer sur le terrain politique la question de l’école et des défis qu’elle doit relever pour construire un autre monde. C’est à ce niveau d’exigences que l’auteur , nous propose d’ancrer le débat, bien loin de la pensée conformiste, du prêt à penser, de la recherche du consensus mou, coûte que coûte ! Pour ces raisons, la démarche de l’auteur est une contribution intéressante pour les débats sur l’école et en particulier ses finalités qui doivent être, bien entendu, émancipatrices.

GERARD BLANCHETEAU

Post-Scriptum
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