Published On: 9 mai 2026Categories: Editoriaux de la lettre électronique

Premier mai : affirmation de la nécessité des luttes !

Le 1er mai 1891, alors que les ouvrières et ouvriers des usines textiles de Fourmies manifestaient pour revendiquer la journée de huit heures, la troupe ouvrit le feu tuant Maria, Louise, Ernestine, Félicie, Kléber, Charles, Émile, Gustave, … et blessant plusieurs dizaines de leurs camarades.
La « journée internationale des travailleurs », le 1er mai, a été fondée contre la violence des répressions qui, de Chicago (1886) à Fourmies (1891) et Paris (1911), ont injustement tué, blessé et réprimé des femmes et des hommes qui luttaient pour obtenir les conditions d’une vie digne. Une telle inscription historique pourrait nous laisser croire à avenir intangible de cette fête. C’est loin d’être la réalité !

En 2026, à Liévin, le maire (RN) a annulé une cérémonie qui associait la journée de lutte pour les droits des travailleuses et travailleurs du 1er mai et la mémoire de 42 mineurs tués par un coup de grisou en 1974 au prétexte que les syndicats en profitaient pour « faire de la politique »… Sans doute que dénoncer le mépris qui sacrifia la vie de ces mineurs aux exigences de la rentabilité, c’est effectivement « faire de la politique ». C’est rappeler que la logique capitaliste, par essence, produit sa richesse d’une plus-value faite aux dépens des travailleuses et travailleurs et parfois au prix de leur santé, voire de leur vie. Mais le Rassemblement National, reprenant l’initiative de Pétain qui avait remplacé la « journée internationale des travailleurs » par une « fête du travail et de la concorde nationale », a transformé le 1er mai en « fête de la nation » dédiée à la « paix sociale ».

Et c’est au nom du pragmatisme des impératifs économiques des entreprises et de la liberté du travail que la droite néo-libérale cherche à entamer le droit au jour chômé.

Ces atteintes portées au 1er mai convergent pour que soit mise en doute l’affirmation internationale de la légitimité des luttes. Leurs volontés concourent à transformer nos représentations du travail pour que l’asservissement du travailleur et de la travailleuse soit désormais pensé comme une incontournable nécessité de bien commun que les syndicats ne doivent plus menacer par une perspective de lutte.
Toutes les stratégies seront bonnes pour y parvenir : le ministre incite les inspecteurs du travail à fermer les yeux sur la fraude, nous assure d’une totale liberté de choix des salarié·es que nous savons pourtant pris dans un lien de subordination dont dépend leur emploi, nous laisse croire que la bonne santé économique du pays exige un plus grand libéralisme… et l’extrême-droite de répéter qu’ « elle aime la France qui travaille » renouant avec son traditionnel appel au sens de l’effort qui invoque l’intérêt de la nation mais soigne les profits au capital. Tout contribue à une tentative générale de diabolisation des syndicats qui veut les désigner comme des entraves à la liberté de travail, au retour de la prospérité et à une concorde sociale où quelques arrangements corporatistes devraient suffire à améliorer les conditions de travail.

Ne laissons pas mettre sous le boisseau ce qui doit être l’affirmation première du 1ermai, celle d’une impérative nécessité des luttes, condition nécessaire de la défense et de la progression des droits.

Éditorial de la lettre de l’Institut de recherches de la FSU de mai 2026

Paul Devin, président de l’IR.FSU