La formation syndicale à la lutte contre l’extrême-droite : un abus partisan ?
Le 11 décembre 2025, David Magnier, député[1] du Rassemblement national a publié un communiqué de presse interpellant le recteur de l’académie d’Amiens sur l’organisation de formations syndicales à caractère politique alors, prétend-il, qu’en matière de formation syndicale, un « cadre réglementaire précis exclut toute activité à caractère partisan ».
L’extrême droite et la lente perversion de la démocratie sociale
La stratégie de l’extrême-droite commence par affirmer une restriction légale qui n’existe pas … Car si la législation[2] et la réglementation[3] de la formation syndicale déclinent avec précision les droits des travailleurs, si elles dressent la liste des centres de formation agréés pour le faire, elles n’en limitent aucunement les contenus.
Mais l’affirmation mensongère d’une restriction des contenus suffit à insinuer un doute et à rendre incertaine la légitimité d’une formation syndicale destinée à lutter contre l’extrême-droite …. Il suffira d’attendre patiemment que cette illégitimité soit considérée dans les représentations usuelles comme une évidence pour en permettre une existence légale au travers du vote d’une nouvelle loi. Meloni a procédé ainsi pour rendre illégale la « résistance passive[4] » et la punir de peines d’emprisonnement.
Affirmer l’existence d’un cadre réglementaire restrictif de contenus n’est qu’une stratégie destinée à enfermer le syndicalisme dans le seul corporatisme.
Le néolibéralisme, en substituant aux formations syndicales, des formations communes employeurs-salariés, a déjà fait évoluer une part de la formation « dans la logique d’une transformation radicale des relations sociales dans les entreprises, à partir d’une conception d’un dialogue social basé sur le consensus permanent[5]. ». Mais la protestation du Rassemblement national vise d’aller encore plus loin : nier aux organisations syndicales leurs droits à des engagements de transformation sociale pour les confiner à la seule défense des intérêts corporatistes des travailleuses et travailleurs et considérer comme un abus la seconde « besogne » de la charte d’Amiens, celle d’un syndicalisme d’émancipation intégrale !
Criminaliser les luttes syndicales
L’extrême-droite n’a pas renoncé à sa volonté de limiter les droits d’expression et d’action syndicale. Si son discours, désormais policé dans ses expressions, semble faire l’éloge de la démocratie sociale, assurant de vouloir « redonner aux corps intermédiaires la place qui leur revient » et de « rendre aux acteurs de la vie sociale la liberté que l’État leur a confisquée[6] », il n’en conçoit l’usage que dans un cadre étroit que viendront restreindre la criminalisation des rapports de force et des luttes. Dans l’Italie de Georgia Meloni, la loi limite désormais les mouvements sociaux par un ensemble de mesures pénales dont un « délit de résistance passive ». Des évolutions analogues de restriction des droits d’expression et d’action syndicale sont en œuvre dans la Grèce de Kyriakos Mitsotakis ou la Hongrie de Victor Orban.
Alors redisons-le, haut et fort : les idées de l’extrême-droite sont antinomiques avec les valeurs du syndicalisme… Et multiplions les actions de formation qui nous permettront de convaincre les travailleuses et travailleurs qu’ils n’ont rien à gagner mais beaucoup à perdre dans l’arrivée de l’extrême-droite au pouvoir !
[1] David Magnier, député de la 7è circonscription de l’Oise, Rassemblement national
[2] Code général de la fonction publique, L.215-1
[3] Code général de la fonction publique, R.215 1 à 10
[4] L’Humanité, 4 février 2025
[5] Karel YON, La formation des syndicalistes : un espace de plus en plus concurrentiel, Chroniques du Travail, n°10, 2020, p.50
[6] Marine LE PEN, Replacer la démocratie sociale au cœur de la nation, avril 2022

Éditorial de la lettre de l’Institut de recherches de la FSU du 21 janvier 2026
Paul Devin, président de l’IR.FSU
