Published On: 4 janvier 2021Categories: Editoriaux de la lettre électronique

Un nouveau chantier pour l’IR.FSU sur les réalités d’emploi et de travail des contractuel·es de la fonction publique

En 2017, plus d’un agent de la fonction publique sur cinq est un·e contractuel·le . Au vu des politiques actuelles, leur nombre ne cessera d’augmenter d’autant que la loi de transformation de la fonction publique a clairement pris le parti de faciliter leur embauche. L’emploi contractuel, dérogation au principe du cadre statutaire de l’emploi de fonction publique , est désormais considéré comme une stratégie nécessaire à l’efficacité des services publics.

La doxa de la rationalisation budgétaire pose ainsi un principe censé améliorer le service aux usagers mais qu’aucune étude d’envergure n’a jamais accrédité. On reste sceptique sur l’assurance d’une amélioration qualitative quand la précarité et les incertitudes de l’emploi contractuel sont loin de faciliter le développement des compétences professionnelles ou la finalisation de l’activité par les perspectives de l’intérêt général que portait l’articulation des droits et des obligations liées au statut.

La caractérisation sociologique des non-titulaires est éloquente : des jeunes, des femmes, des emplois de catégorie C et tout particulièrement des femmes jeunes et en catégorie C… L’engagement des organisations syndicales de la FSU auprès des personnels non-titulaires, y compris par l’action devant les tribunaux administratifs, ne fait plus de doute. Mais la précarité de leur situation s’associe à un faible engagement syndical. Il contribue à la méconnaissance de leurs droits dans un contexte d’emploi qui pourtant fragilise leurs capacités à défendre leurs intérêts, à construire le sens de leur travail et à faire face aux risques psycho-sociaux. Aussi peut-on constater, aux témoignages exprimés, la réalité d’une précarisation qui va parfois jusqu’à des manquements graves de l’employeur retardant le versement des salaires, négligeant les droits, faisant preuve de discriminations liées au handicap, à la grossesse ou à la maladie ou favorisant les abus de pouvoirs hiérarchiques. Des personnes motivées par leur activité professionnelle, désireuses d’un engagement au service de l’intérêt général voient ainsi se déliter une motivation impossible à asseoir sur la construction d’un projet professionnel et en subissent toutes les conséquences.

Un nouveau chantier de recherche de l’IR.FSU s’attelle désormais à mieux comprendre les incidences de la précarisation des emplois de la fonction publique sur la relation des non titulaires à leur travail en analysant les impacts psychosociaux de cette précarité. D’évidence, les recherches de ce chantier s’articuleront avec celles des chantiers qui travaillent sur les alternatives au néolibéralisme, sur le travail ou sur les luttes féministes. Elles contribueront à nous aider à construire les luttes égalitaires sur une meilleure connaissance des discriminations dont sont victimes les non-titulaires et cela non seulement dans l’identification objective des inégalités mais aussi dans leurs conséquences sur la réalité du travail des contractuel·es. Tout d’abord, dans leurs dimensions personnelles qui ont fait l’objet de peu d’études et qui, au-delà des témoignages, méritent à être analysées et mieux appréhendées. Mais aussi dans leur dimension politique pour mieux comprendre la manière avec laquelle le recours croissant au contrat contribuera à faire évoluer les conceptions même du service public aux dépens de ses finalités d’intérêt général.

Éditorial de la lettre de l’Institut de recherches de la FSU du 5 janvier 2021
Paul Devin, président de l’IR.FSU